Zbigniew Preisner : concert à Paris (2008)

Zbigniew Preisner dirigeait un grand concert à Paris en 2008, avec une composition majeure : Silence, Night & Dreams. Suivie de must, dont les musiques des films de Kieślowski

[ Le concert du 19 mars 2008, avec au premier plan, le “verrophone” – © alain.martin ]
Une soirée unique (et inoubliable) le 19 mars 2008 au Grand Rex à Paris, avec en première partie, sa récente composition : Silence, Night & Dreams (récente… encore que le musicien ait mis plusieurs années à l’achever et à trouver les voix, le ton juste, m’avait-il confié en 2006).

Silence, Night and Dreams : nouvelle composition de Preisner

Affranchi du cadre de la bande originale, exercice auquel il s’est plié maintes fois avec de grands réalisateurs (dont Kieślowski), Zbigniew Preisner s’est consacré plusieurs années à ce grand et long projet personnel : Silence, Night & Dreams (édité par EMI Classics). L’œuvre, très attendue, a été dirigée par le compositeur et jouée fin 2007 dans plusieurs villes d’Europe : création mondiale avait eu lieu le 4 septembre 2007 sur l’Acropole d’Athènes, puis le 2 décembre 2007 au Barbican Concert Hall à Londres et le 10 à la cathédrale de Plock (Pologne). Pour la création française de l’œuvre, Preisner dirigeait l’Orchestre Colonne en concert unique, avec plus de cent musiciens sur scène, accompagnés, entres autres, du groupe Madredeus et des chœurs Alain Palma ; et avec Teresa Salgueiro et Elzbieta Towarnicka, sopranos.
Les textes sont chantés en latin et en anglais, et on retrouve les instruments de prédilection de Zbigniew Preisner : cordes et piano, bien sûr, mais aussi les sons plus étranges des flûtes, vibraphone, harmonica de verre (« verrophone ») et autres curiosités sonores…

Toujours avec Kieślowski…

La seconde partie du concert reprenait plusieurs musiques de films (le compositeur en a plus d’une cinquantaine à son actif !). A en juger par les frémissements et chuchotements dans la salle, ce sont quelques morceaux emblématiques, composés pour les films de Krzysztof Kieślowski, qui rallièrent les suffrages.
Après les rappels, l’orchestre interpréta deux titres, puis, convaincu par les bravos multipliés, un ultime morceau, extrait de Requiem for a Friend. L’ami, c’était Kieślowski.
Une grande dame en rouge était toute « bouleversifiée », de jeunes spectateurs croyaient se souvenir des images de la Trilogie, des amis recomposaient la vie du cinéaste, qu’il faisaient mourir un peu trop tôt (à la quarantaine). Si l’on ne connaissait pas toujours les détails de la biographie et de l’œuvre, on était surtout venu pour la musique.

Une interview avant le concert

Dans la journée, j’avais eu le privilège d’interroger un musicien qui n’aime pourtant pas trop les interviews, Zbigniew Preisner (« peut-être une chose que je partage avec Kieślowski »). Nous avons parlé du concert, et de Krzysztof…
Preisner comprend bien qu’on s’intéresse à cette rencontre irremplaçable, à cette « collaboration de 17 films », mais il veut aussi parler du présent et de l’avenir, une page est tournée, c’est sûr. Il a d’ailleurs décliné les offres pour la « seconde Trilogie ». Il est inquiet aussi : pourra-t-il encore exercer longtemps et pleinement son métier de compositeur de musique de film ? Il explique qu’on lui demande un travail de plus en plus rapide (et pour un budget moindre), que le cinéma se contente de musiques plus formatées, aussi…

Nous nous sommes revus le soir, avec les musiciens et les sopranos, dans le restaurant où, pendant des années, Kieslowski est venu commander, en français dans le texte : « La même chose, s’il vous plait ! », non loin de la place Clichy, où étaient tournées plusieurs séquences parisiennes de Trois couleurs : Bleu, et où Zbigniew Preisner en composait la musique. Près de la rue Caulaincourt, où résidait Krzysztof.
Une prochaine composition ?… « Quelque chose de rock, j’aimerais bien… », confie Preisner enchanté par son récent travail avec David Gilmour. Je lâche en souriant : « un peu comme dans Dekalog 10 ?! »
« Non, quand même pas ! » répond Preisner, qui a des folies à la limite du raisonnable !

Lire notre entretien exclusif avec Preisner (2008)

« …les temps changent : la profession de compositeur de musique de film va presque disparaître ! »

Notre entretien en 2006 avec Preisner

« Il faut quelque chose qui élève. La crise mondiale trouve son origine dans le manque de culture. »

[am, 20/03/2008 + 17/08/2019]
[ Merci à Béatrice Abikzir de Silence! production, à Laurence Aston et à Zbigniew Preisner ]