La Vie de Famille, un passé européen

  1. La Vie de Famille, un passé européen (p. 31)
  2. Camouflage, vivre et filmer à l’Est (p. 65)
  3. Illumination : comment comprendre le monde ? (p. 99)
  4. Un homme et une femme, couples improbables (p. 135)
  5. Les années du Soleil calme : le grand catalogue (p. 159)
  6. « N’ayez pas peur ! », un cinéaste au Vatican… (p. 185)
  7. En attendant la Reine Christine : le film en costumes (p. 221)
  8. Récits et manipulations ou comment entrer dans l’histoire (p. 233)
  9. Mises en scènes, télévision, théâtre, opéras, musique (p. 257)
  10. Transmettre, enseignement, festivals, rencontres (p. 267)
  • Conclusion : Au Grand Galop ! L’homme du XXIe siècle (p. 293)
  • Annexes

Le travail de Krzysztof Zanussi s’ancre dans la réalité et l’expérience. Cette Inquiétude morale à laquelle on l’a rattaché, il la puise donc d’abord dans son appréhension de la vie, dans ses souvenirs. Très tôt confronté à des situations dramatiques : la guerre, la mort, la fin du stalinisme… dont il ressort avec un goût plus prononcé pour la vie, recueillant des images fortes et des interrogations que son cinéma nous incitera à partager.

« A l’époque de la guerre, j’étais enfant. J’étais donc très exposé à la mort. […] pendant mes études quand j’ai commencé à voir le résultat du surréalisme dans le domaine de l’art, j’ai été très déçu car cela ne correspondait pas du tout avec ma mémoire ! On connaît les girafes en flammes [de Dali] mais moi je me souviens vraiment des chevaux enflammés par le napalm. […]
Ce qui est traumatisant et nourrit mes cauchemars, c’est cette grande maison dans la rue, je connais même l’adresse, maintenant. C’était en 44 pendant l’insurrection de Varsovie. Nous sommes passés, escortés par des Allemands, à côté d’un bâtiment dont le premier étage était en flammes. Plus haut, au cinquième étage, il y avait un chien qui n’avait pas compris qu’il était déjà condamné. Mais moi je l’ai compris : un cauchemar, on ne pouvait rien faire. […] C’est peut-être pour cette raison que j’ai perdu assez tôt l’illusion que je peux être immortel… La mort c’est quelque chose qui peut arriver aux autres. »

[K. Zanussi, entretien avec Alain Martin, Laski, 2013]

À sa triple formation universitaire souvent épinglée (physique, philosophie, cinéma) on pourrait ajouter le cinéma amateur, qu’il a pratiqué plusieurs années, ainsi que le théâtre et le journalisme, encore étudiant. […]
Les premiers films, jusqu’à la fin des années soixante, révèlent son style naissant avec, déjà, trois récits de rencontres : La Vie d’un Provincial où le regard d’un jeune peintre croise celui d’un vieux moine à l’agonie, le Face à Face terrible d’un homme pourchassé dans une cour d’immeuble et d’un locataire qui lui refuse son aide ou encore L’Examen, affrontement entre la jeunesse et l’expérience.
La Vie de Famille, une pure fiction, s’inspire cependant de situations familiales qu’il a connues. La construction du récit, maîtrisée, augure des prochains films. Tourné à la même époque, Le Rôle, plus intimiste, montre la visite d’un jeune comédien à un père qui pourrait lui servir de modèle. Quant au Grand Galop, bien que tourné 25 ans plus tard, il trouve ici sa place, en tant que film reconnu par Krzysztof Zanussi comme le plus autobiographique : il y décrit son enfance à peine romancée et avec un humour facilité par le recul des années…

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[photo-titre : © TOR Studio Filmowe ]