Tu ne tueras point, quelques clés pour comprendre le film

Il y a trente ans, Tu ne tueras point révèlait Kieślowski au Festival de Cannes (Prix du jury ainsi que Prix F.I.P.R.E.S.C.I. ex-æquo avec Hôtel Terminus de Marcel Ophüls). L’Institut polonais organisait une projection et une rencontre avec l’acteur principal le 13 février 2018 au Reflet Médicis.

[photo-titre : On ne connaît pas encore le projet du jeune Jacek, qui traîne sur la place du Château Royal – © MK2]
  • Tu ne tueras point est la version long métrage cinéma de l’épisode Cinq du Décalogue (Dekalog), une série créée pour la Télévision polonaise par K. Kieślowski. Quand il tente de « donner le message essentiel » du Décalogue, Kieślowski s’exprime ainsi :
    « vivez avec précaution, regardez autour de vous, prenez garde à ce que vos actions ne cause pas de préjudice aux autres, ne les blessez pas ou ne leur causez pas de douleur… »
    Et dans la préface du scénario édité, lui et son co-scénariste Krzysztof Piesiewicz, tous deux profondément attentifs à la réception d’un film par le spectateur, écrivent :
    « Nous souhaitions construire la trame de ce film de manière à ce que quand le public quitterait l’écran, il aurait en tête les mêmes questions que nous nous étions posées quand le scénario n’était qu’une page blanche dans la machine à écrire. »
  • Tu ne tueras point dure environ 1h25, avec, comparé au Décalogue 5, des variations et des scènes complémentaires :
    > Les parcours croisés du meurtrier (Jacek) et du jeune avocat qui a la lourde charge de le défendre (Piotr) sont plus développés (ils sont dans le même café, non loin de l’hôtel Europejski et de l’artère historique Krakowskie Przedmieście où le hooligan traîne longuement avant de prendre le taxi).
    > Le meurtre dure plus longtemps (la séquence, terrible, paraît interminable).
    > Jacek montre le taxi volé à Beata (la petite marchande de légumes) et lui explique comment la Polonez volée va leur permettre de partir enfin à la montagne…
  • Tu ne tueras point révèle vraiment Kieślowski au cinéma d’Europe de l’Ouest et mondial, en 1988, au Festival de Cannes. Après une projection qui suscite des réactions épidermiques, le film reçoit le Prix du Jury. La même année, il est récompensé par le premier Felix (lors de ce qui deviendra quelques années plus tard les European Awards de l’European Film Academy). La visibilité du grand public s’offre à lui, un peu tardivement, et il rencontre les deux producteurs français pour ses 4 derniers films : La Double vie de Véronique et les Trois couleurs : Bleu, Blanc, Rouge.
  • Tu ne tueras point tourne autour de la petite phrase que développe Jacek dans sa cellule, se confiant à Piotr : « tout aurait pu être autrement ». On en apprend un peu plus à cet instant sur le passé du prisonnier, sur cette Fatalité, ce destin qui marque souvent les personnages de Kieślowski, à l’heure des choix.
  • Tu ne tueras point a été le premier film tourné et monté, car Kieślowski devait partir avec les copies pour le Festival de Cannes. Très présent sur ce film et les premiers épisodes, il a ensuite laissé plus de responsabilité à la monteuse pour finaliser les films. Les films étant tournés avec une quantité de pellicule limitée et donc peu de plans, et même si ceux-ci avaient été prévus pour les versions longues et courtes, des modifications ont dû être apportées au montage.
  • Tu ne tueras point a particulièrement éprouvé l’équipe de tournage à plusieurs reprises, notamment les scènes dans les couloirs de la prison (une vraie prison à une soixantaine de kilomètres à l’est de Varsovie) ainsi que dans la salle où devait avoir lieu la pendaison, et qui était pourtant reconstituée en studio.
  • Tu ne tueras point a pour chef-opérateur Sławomir Idziak, collaborateur de Kieślowski depuis les années 70, et qui filmera encore La Double vie de Véronique (dans laquelle on retrouve la couleur verdâtre et l’utilisation de très nombreux filtres) et Trois couleurs : Bleu.
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