Trois couleurs : Rouge, le dernier film de Kieślowski

Troisième et dernier volet de la Trilogie, film-testament conclueront certains. Quoi qu’il en soit, on retrouve beaucoup de Kieślowski dans le personnage du vieux Juge (joué par Jean-Louis Trintignant). Et, surtout, c’est l’apothéose des destins croisés.

« Vous étiez quoi ? flic ? » lance Valentine. « Pire, juge ! » répond un vieil homme, du fond de son fauteuil. La jeune étudiante genevoise, occasionnellement mannequin, a poussé la grille de la maison du juge, lui rapportant sa chienne qu’elle avait écrasée en voiture. Elle est tombée sur un personnage antipathique, misanthrope, qui observe et écoute les conversations de ses voisins. D’abord écœurée, puis apeurée par l’omniscience de l’homme, elle tente ensuite de le comprendre…
Pendant ses allées et venues, Valentine ne remarque pas qu’elle croise souvent un autre juge, son voisin, qui vient d’obtenir son diplôme… Valentine prend le ferry pour retrouver son frère en Angleterre, mais une tempête se déchaîne, et le bateau coule. Les rescapés, pour l’essentiel, ne sont autres que… les principaux personnages des Trois couleurs !

Kieślowski : « J’arrête de filmer ! »

Krzysztof Kieślowski confie souvent à ses collaborateurs, avant même Dekalog, qu’il est fatigué du tournage, qu’il envisage d’arrêter. La phrase revient plusieurs fois dans sa bouche, puis il lâche en conférence de presse, à Berlin : « Je ne tournerai plus jamais de film ».
Dariusz Jablonski qui était à côté de lui à ce moment-là pense que « personne ne peut imaginer la violence de cet instant. » Effectivement, c’est l’effet d’une bombe : « toute la foule, peut-être trois cents personnes ou plus, était sous le choc et criait […] ». Passé l’instant de surprise, chacun essaie de comprendre. Plus tard, on espèrera qu’il pourrait, malgré tout, revenir sur sa décision. […]

« Je suis très fatigué… »

Puis, au Festival de Cannes en mai 1994, Kieślowski répète :
« j’arrête de tourner. Tout simplement, je suis fatigué… », et ajoute un petit « mais… qui sait ? » qui créé une ouverture comme il aime à en placer dans ses films. Le public applaudit et se réjouit… un peu rapidement, car Krzysztof explique ensuite que l’on peut faire bien d’autres choses que diriger les films : écrire, enseigner… Il répète, comme presque à chaque fois, depuis quelques mois : « Mon rêve, avant tout, c’est d’être à la campagne, assis sur une chaise, en train de fumer. »
Sa détermination restera entière, jusqu’au bout. Magdalena Dipont partage avec plusieurs autres collaborateurs une explication assez raccord avec le personnage : « J’ai l’impression qu’il voulait vivre tranquillement et que tout ce qu’il voulait transmettre au monde était déjà passé dans ses films. »

Extrait de Kieślowski , encore plus loin, pages 188-189

Trois couleurs : Rouge (France-Pologne-Suisse, 99 minutes)

Réalisation : Krzysztof Kieślowski
Scénario : Krzysztof Piesiewicz et Krzysztof Kieślowski
Distribution :
Irène Jacob : Valentine Dussaut
Jean-Louis Trintignant : Joseph Kern (le vieux juge)
Jean-Pierre Lorit : Auguste Bruner (le jeune juge)
Frédérique Feder : Karin
Samuel Le Bihan : le photographe
Chef-opérateur : Piotr Sobociński
Décors : Claude Lenoir
Son : Jean-Claude Laureux
Mixage : William Flageollet
Montage : Jacques Witta
Musique : Zbigniew Preisner
Producteur : Marin Karmitz
Producteur exécutif : Yvon Crenn
Production : MK2 Productions, CED Productions, France 3 Cinéma (France), CAB Productions (Suisse), Tor Production (Pologne)
Distribution : MK2 (France)
Durée : 99 minutes
Dates de sortie :
Sortie en salles France : 14/09/1994

Pour en savoir plus, nos trois livres d’enquêtes sur le réalisateur et les tournages :

  •  Kieślowski, encore plus loin, au cœur des tournages du Décalogue et des Trois couleurs : témoignages nombreux, carnets de voyage, scénarii comparés aux films, etc.
  • Kieślowski, l’autre regard, un portrait de Krzysztof Kieślowski par ceux qui l’ont connu, plus de cinquante témoignages polonais et français, mais aussi des citations choisies, des documents rares, de nombreuses photos…
  • Kieślowski, vingt ans après, un ouvrage synthétique avec (presque) toutes les clés pour comprendre le cinéaste, le contexte,  l’œuvre et son influence jusqu’à nos jours.