Przypadek, le hasard selon Kieślowski

Le Hasard, en bref…

Witek a interrompu ses études de médecine à la mort de son père. Pour se rendre à Varsovie, il arrive in extremis à la gare pour attraper un train. Suivent trois versions de son destin.
Dans la première, il attrape le train, rencontre un ancien communiste et devient actif au sein du Parti.
La seconde fois, il rate son train, frappe un cheminot qui l’a empêché de monter en marche, est emprisonné, rencontre dans sa cellule des opposants au régime et devient clandestin.
Dans la troisième variante, il rate son train, reprend ses études et une carrière de médecin, se marie. Pour une conférence, il prend un avion… qui explose juste après sondécollage.

A noter :

Terminé en 1981 mais censuré (« Sur les étagères »), Le Hasard a finalement été accepté au Festival de Cannes, dans la section Un certain regard en 1987, et distribué seulement cette année-là, puis en France l’année suivante…
Célèbre pour son scénario alternatif, il a inspiré Lola, cours Lola, de Tom Tykwer ; celui-ci a aussi réalisé Heaven, d’après un scénario de Kieslowski.

[extraits de Kieslowski, l’autre regard :]

« Je me sens plus proche de la troisième option (celle du crash de l’avion), car la mort nous rattrape toujours, quoi que nous fassions. »

[Kieslowski – KKCIN06]

« Je ne comprends pas pourquoi on me considère comme un expert en hasard ! »

[Kieslowski – KKART02]

[…] Est-ce par hasard que nous nous sommes rencontrés ? Nous sommes-nous déjà croisés sans le savoir ? Ces questions hantent les films de fiction de Kieślowski, le tourmentent sûrement, sont reprises par plusieurs collaborateurs… Quelle est la part du hasard, la part du destin ? »

« Le Hasard, c’est très important, et le Destin aussi. Le Hasard m’a toujours frappé. Nos mouvements dans la vie sont souvent liés à lui. Je sais le rôle qu’il a joué dans ma propre existence et je suis obligé d’y penser lorsque j’écris des scénarios. Ce qui est arrivé dans le passé a une grande signification pour le présent. Tout dans notre vie nous a conduit à nous rencontrer ici, aujourd’hui […] »

[Kieslowski – KKCIM89]

[…] Une autre fois, Kieslowski, en confiance dans le documentaire de Pierre Boutang, s’explique :

« Je crois qu’il faut mériter le hasard, il faut vivre de telle manière, pour rencontrer sur sa route un bon hasard, pour le sentir, le toucher, le reconnaître. Ça, c’est le bon hasard : un hasard bénéfique, si on a mérité de le rencontrer et le reconnaître, si l’on va dans cette direction à ce moment, on arrivera à un meilleur endroit qu’où l’on était avant. Donc, il n’y a pas de contradiction là-dedans ! »

[Kieslowski – KKBOU94]

[…] Le film s’ouvre sur un gros plan de visage, un cri épouvantable. La caméra zoome et entre dans la bouche ouverte du personnage. Nous comprendrons à la fin du film pourquoi ce cri. Le générique s’inscrit ensuite sur les images de blessés sanglants traînés le long des couloirs d’hôpitaux, référence à 1976, date de naissance de Witek et des soulèvements populaires réprimés en Pologne [> Un peu d’histoire polonaise]. Witek Długosz étudiait la médecine à Łódź, mais a interrompu sa formation après la mort de son père.  […]

Witek court après son train : l’attrapera-t-il ? Comme le jeune homme du Tramway courait désespérément derrière le tram s’enfonçant dans la nuit, comme Tomek court après le bus avec celle trop longtemps observée [>Décalogue 6]. […]

Lire la suite dans Kieslowski, l’autre regard. Dans le livre, on trouve d’autres propos de Kieślowski à propos du Hasard, Thierry Jousse revenant en 2003 sur son Eloge d’un vivisecteur paru dans les Cahiers du cinéma en 1988, Hanna Krall expliquant comment Kieślowski a caché les bobines du Hasard au moment de l’annonce de l’Etat de siège pour terminer le montage en évitant la censureOu encore, Krzysztof Zanussi, producteur du film, racontant comment il a dû le défendre devant un jeune secrétaire du Comité central du Parti communiste, nommé en signe d’ouverture, Irena Strzalkowska, de TOR studios, détaillant comment les films réussissaient (ou pas) à trouver un public (« Comment le grand public pouvait-il connaître quelqu’un qui n’était pas distribué dans les salles ? »), ou Michel Ciment rappelant que « le Festival de Cannes a refusé régulièrement ses films. »
Effectivement, terminé en 1981, Le Hasard a finalement été accepté à Cannes en 1987.

Dans Kieślowski l’autre regard, retrouvez la filmographie complète et actualisée de Krzysztof Kieślowski, mais surtout un portrait composé par les nombreux témoignages de ses proches et collaborateurs, et des photos et documents inédits (320 pp).

> Filmographie de Krzysztof Kieślowski

> Kieslowski, encore plus loin (une nouvelle enquête au cœur de Dekalog et des Trois couleurs)