Pierwsza miłość [Premier Amour] 1974

Un couple de jeune polonais attend un enfant et affronte les difficultés de l’installation dans la société polonaise. Kieślowski filme les deux jeunes gens sans relâche pendant sept mois…

Le film est à la frontière des genres documentaire et fiction : très scénarisé, il suit en permanence un jeune couple qui attend un enfant [pendant sept mois, du mariage à la naissance], il est constitué d’une suite de plans parfois intrusifs. Les équipes suivent continuellement les jeunes gens : hésitations, démarches, difficultés quotidiennes sont passées en revue, parfois mises en scène. L’exemple le plus connu reste la visite de la milice dans l’appartement qu’occupe illégalement le couple, épisode conservé dans le film et qui aurait pu réellement porter préjudice à ses jeunes acteurs.
Les larmes de la mère et du père lors de la naissance de leur petite fille, filmées, déclenchent chez Kieślowski un dilemme profond, le conduisant à basculer pour de bon dans la fiction, pour éviter le voyeurisme : « Avons-nous le droit de le filmer et d’amener la caméra qui devient une troisième personne entre deux amoureux ? Peu importe qu’ils s’embrassent ou soient au lit. Avec une caméra, non. Je suis arrivé à cette limite plusieurs fois et j’ai compris que je préférais engager des acteurs et acheter de la glycérine pour les faire pleurer, […] des acteurs qui fassent semblant de mourir, […] de s’aimer […] » déclarait-il dans le documentaire de Dominique Rabourdin en 1994. Le réalisateur s’est aussi aperçu que la vie et la relation du couple des protagonistes était en train de changer à cause du tournage.
Toujours attentifs envers ses équipes et ses acteurs, Kieślowski avait négocié avec la télévision polonaise et les autorités de trouver un appartement pour le jeune couple démuni (un quatre pièces), argumentant que cela donnerait une meilleure image de la vie familiale en Pologne.
Lors de la rétrospective Kieślowski à Istanbul en 2014, Krzysztof Wierzbicki expliquait le contexte bien particulier de l’époque, mais aussi le caractère universel du film : « Au temps du communisme, tout était difficile à obtenir pour ce petit enfant, la vie était très difficile et tout était incroyablement horrible. […] Aujourd’hui, même si la réalité est différente, ce film est tellement universel que vous pourriez penser qu’il a été tourné hier ! »
Et à l’Institut polonais de Paris, en 2006, Krzysztof Piesiewicz (co-scénariste de Kieślowski à partir de Sans Fin) le considérait comme le plus beau film de l’œuvre, un film « avec une énorme empathie »…

[plus dans les livres d’Alain Martin]
Film du Cycle Kieślowski 2019 à Paris