Krzysztof Kieślowski, une courte biographie

[ photo titre : © Jacques Witta, merci ! ]

Krzysztof Kieślowski est né le 27 juin 1941 à Varsovie. Il a étudié le cinéma dans la célèbre école de Łódź (promotion de 1969). Après une longue période où il alterne documentaires et fictions dans la Pologne socialiste,  il est révélé au monde occidental au Festival du Film de Cannes en 1988 et enchaîne avec les producteurs français La Double vie de Véronique (1991) puis la trilogie Trois couleurs : Bleu, Blanc, Rouge (1992-1994). Epuisé par un travail intense et exigeant, il déclare à plusieurs reprises arrêter les tournages, pour se reposer et se consacrer à l’écriture et la formation. Il meurt prématurément d’une seconde crise cardiaque en mars 1996.
Il laisse au total une centaine de films et son cinéma exigeant, lucide, l’inscrit parmi les grands classiques à voir et revoir.

En savoir plus sur sa vie et son œuvre :
extraits du livre Kieślowski vingt ans après

[…] « Bien sûr que je suis Polonais ! […] je suis né et j’ai grandi ici. Un Polonais est un Polonais dans le mauvais sens du terme : il croit toujours qu’il est le centre de l’Univers. […] »
Tomasz Żygadło se souvient : « Otwock, où l’on se trouve, et aussi Wider […] où il habitait quand il était jeune. Il habitait aussi à Wałbrzych. Je pense que ce paysage de la province […] doux ou sombre […] a beaucoup d’importance dans sa mémoire, il s’y sentait bien et je pense que c’est visible dans certains de ses films. » […] Et il ajoute que le héros du Personnel, « ce jeune garçon, d’un petit village, qui part à Varsovie pour travailler au théâtre – c’est en fait Krzysiek, qui était fasciné par l’Art, et ces choses tellement lointaines [pour lui] comme le théâtre et l’opéra. »

[…] « Mon père fut pour moi l’être le plus important, sans doute parce qu’il est mort prématurément. Ma mère aussi était très importante ; c’est en partie pour elle que j’ai décidé d’entrer à l’École de cinéma. […] Elle était si triste. Alors j’ai décidé de réussir coûte que coûte. » [K.K. in Le cinéma et moi, 2006]

[…] La première période d’activité du Kieślowski cinéaste s’insère dans le contexte politique et social de la Pologne des années 70 et 80, avec une reconnaissance immédiate de ses pairs [ce depuis l’école de cinéma, où l’on parle d’une personnalité charismatique], et d’un public fidèle, malgré la censure. Les journalistes, pilotés par le Gouvernement en place, ont aussi des propos cinglants. Comme on le verra pour Sans fin, Kieślowski, un peu inclassable, essuie aussi les critiques des deux autres pouvoirs de l’époque : l’Église [95 % des Polonais sont catholiques et, même en République populaire de Pologne, elle fonctionne en souterrain et garde son influence] et les opposants, cristallisés autour du syndicat qui monte : Solidarność. Après l’Etat de guerre et le sursaut du Décalogue […], Kieślowski se préoccupe de plus en plus du sens à donner à un cinéma qui s’opacifie, à déchiffrer une fiction qui multiplie les styles de récit, à dévoiler (mais pas trop) une partie du mystère qui s’insinue et qu’il entretient…
Lorsque sortent La Double vie de Véronique puis Bleu, Blanc, Rouge, les papiers des journalistes ont laissé la place aux essais et aux études, sur un cinéaste mondialement célébré, après le coup d’éclat de Tu ne tueras point à Cannes […] et la romance fragile de Brève histoire d’amour.

[…] « Je me filme dans tous mes films. Peut-être pas tout le temps, mais souvent. Mais je fais en sorte que personne ne s’en aperçoive… mais [à ce sujet] je ne te dirai rien… » [Kieślowski in documentaire I’m So so]
Kieślowski a certainement compris, plus tôt qu’on l’imagine, combien la Vie est supérieure au cinéma : il décrit une profession étrange, des scènes surréalistes [comme ces plans dans la nuit d’hiver, perché sur une tour, avec son opérateur au téléobjectif, pour le Décalogue 6]. La fatigue des tournages, pour lesquels il use sa santé […] dicte ensuite ses déclarations à répétitions, en privé puis en public en 1993 : « J’arrête ! ».
Agé d’à peine plus de cinquante ans, avec une reconnaissance critique et du public très récente (moins de cinq ans), Kieślowski annonce officiellement à tous qu’il ne tournera plus ! Pour la plupart des autres cinéastes, ce serait une lubie, une supercherie, une trêve précédant un retour médiatique. Mais lui est toujours fidèle à ses amis, à ses principes, et au mot responsabilité […], sensible au travail bien fait, intransigeant avec la parole donnée.


Quelques dates-clés de la biographie de Kieślowski

1941 Naissance à Varsovie, le 27 juin (fils de Barbara Szonert et Roman Kieślowski).
1949-1957 Son père, atteint de tuberculose, perd son travail d’ingénieur : nombreux séjours en sanatoriums. Scolarité dans la région de Sokołowsko […]
1957-1962 Lycée public des Techniques théâtrales de Varsovie, peinture décorative.
1960 Son père meurt à Sokołowsko, à l’âge de 47 ans.
1962 Krzysztof passe son baccalauréat. Premier échec au concours de l’École de Łódź, École de formation des enseignants à Varsovie.
1963 Arrête l’école, entre au Teatr Współczesny de Varsovie ; habilleur, il cotoye Z. Zapasiewicz, T. Łomnicki, A. Bardini, E. Dziewoński
1964 Entrée à l’école de cinéma et de théâtre de Łódź (au 3e essai).
1967 Il épouse Maria Cautillo, étudiante à l’école supérieure d’arts plastiques de Łódź.
1969 Diplômé de l’école de Łódź.
1970 Assistant réalisateur puis réalisateur pour le Studio des Films Documentaires de Varsovie [WFDiF] jusqu’en 1988.
1972 Naissance de sa fille, Marta. Il intègre les Studios Tor.
1978 Nombreux prix pour Du point de vue du Gardien de nuit.
1979 L’Amateur primé à Moscou et Gdansk. Il devient directeur adjoint de Tor.
1981 Sa mère meurt dans un accident de voiture. État de guerre proclamé le 13 décembre.
1987 Séminaires en Suisse et en Autriche.
1988 Tu ne tueras point Prix du jury en mai, à Cannes. Brève histoire d’amour Grand prix du Jury et FIPRESCI à San Sebastian.
1993 Il annonce qu’il arrête la réalisation au Festival de Venise (où Bleu obtient le Lion d’or) puis à Berlin.
1994-95 Donne des cours en Allemagne, en Finlande, aux Pays-bas, à l’École de Łódź et à la Faculté de Katowice.
1996 Reprend les cours à Łódź après une crise cardiaque en 1995. Convalescence. Seconde crise et décès à l’hôpital le 13 mars à Varsovie.


à suivre…