Kieślowski Zbliżenie : un nouveau livre fait la lumière sur la vie du réalisateur

C’est une nouvelle et étonnante biographie de Kieślowski qui paraît en septembre 2018. Un épais volume (en polonais) largement documenté et enrichie de plusieurs années d’enquête auprès des proches et collaborateurs du réalisateur. Par petites touches, mais par un récit prenant, méthodique, curieux, Katarzyna Surmiak-Domańska nous plonge longuement dans la vie du jeune Krzysztof, de l’étudiant, du cinéaste naissant, reconnu, puis, fatigué par une carrière trop intense, qui annonce son intention d’arrêter les tournages, peu avant de mourir prématurément en 1996.

Zbliżenie, autant dire “gros plan”. Et non seulement la journaliste (une vingtaine d’années de reportages à son actif) use de plans rapprochés, mais elle sait aussi nous séduire tout au long de ces 620 pages de recueils de témoignages, de documents et de citations par une écriture précise, des chapitres courts (le livre en comporte 85, en quatre parties) au style incisif, des atmosphères…

Ainsi, dans la première partie de son livre, Katarzyna nous entraîne dans les petites villes du sud de la Pologne, où la famille suit Roman, le père, de sanatorium en sanatorium. La jeunesse du cinéaste est éclairée par de nombreux documents familiaux, les témoignages de sa sœur Ewa, de voisins et collègues, de nombreuses lettres de ses parents et de lui-même. On connaissait certains aspects des vingt premières années, notamment par l’autobiographie recueillie par Danusia Stock, (O Sobie traduit en France sous le titre Le Cinéma et moi) puis les trois livres de Stanisław Zawiśliński, le livre non traduit de Tadeusz Lubelski (sans parler des trois livres d’Alain Martin en France !) ; on découvre ici de nouveaux pans de la vie personnelle et professionnelle du réalisateur.

Une robe noire et des non-dits

Un des premiers chapitres, La robe noire, explique par exemple comment Ewa et Krzysztof ont trouvé « dans une vieille malle » une robe noire ancienne de leur mère. Déjà touche-à-tout et bricoleur, le jeune garçon rectifie la coupe du vêtement pour sa sœur. A son retour, Barbara, la mère, n’apprécie pas trop : Ewa comprend alors que la mère a réservé cette robe pour l’épreuve à venir, que tous ont en tête : la mort du père. Par delà l’anecdote, au fil des pages, pointe ce sentiment constant et pesant que leur père «ne guérirait jamais sa maladie : personne n’en parlait, mais nous l’avions déjà compris. ». L’existence au quotidien aux côtés d’un père malade qu’Ewa décrit comme ayant « le sentiment profond d’être un fardeau pour nous. Il faisait tout pour les soulager. Même alité, il essayait de travailler. »

Katarzyna Surmiak-Domańska nous rappelle aussi que le jeune Krzysztof lui-même était de santé très fragile, au point de ne pas pouvoir suivre la première année d’école avec les autres enfants, éduqué par un professeur à domicile. Elle précise : « En mars 1949, le garçon se rend pour la première fois dans un sanatorium » et cite ce qui est peut-être sa première lettre.

Quelques aperçus du livre (photos © a.martin, merci à Katarzyna Surmiak-Domańska pour le livre et les informations !)

Et puis il y a d’autres faits plus anodins, drôles,  qui montrent l’inventivité et l’audace précoces, l’ascendant du jeune Krzysztof sur ses collègues de lycée technique ; Skalski raconte les travaux de peinture de la bande : « Une première fois […] rue Kopernika. C’était une salle de bain. Nous venions de recevoir une peinture rouge et Krzysiek a convaincu Madame Tarkowska que la mode était désormais aux salles de bains de couleurs vives. […] » puis « rue Elektoralna, où nous avons peint trois chambres. Cette fois […] la peinture commençait à se fissurer. Krzysiek a donc expliqué très sérieusement à la dame que c’était volontaire. Que c’était de l’art moderne […] . Toujours pour l’effet, nous avons gratté les murs avec des brosses métalliques […] ». Finalement, la commande a été accepté et payée !

En 1959, la santé de Roman Kieślowski se dégrade. Son épouse lui trouve « une place dans un sanatorium de Rudka près de Mrozy, […] à l’est de Varsovie, où elle va bientôt commencer à travailler elle-même ».
Mais sa santé s’altère encore : « À Noël, toute la famille Kieślowski se rend à Sokołowsko, mais après eux, Roman, au lieu de retourner à Rudka, passe en mode d’urgence au pavillon Aigle Blanc. »
Après quelques lettres « au propos de plus en plus chaotiques » qu’envoie Roman, c’est la fin : à l’école Krzysztof et Ewa sont appelées au bureau de la directrice : « […] ils doivent rentrer chez eux immédiatement. […] Ils s’attendent à voir leur père en vie. Sur place, il s’avère que Roman est décédé quelques jours plus tôt. »
Le livre décrit ensuite les tentatives du jeune Krzysztof pour intégrer l’Ecole de Łódź par trois fois, la dernière fois surtout pour faire plaisir à sa mère qui « était si triste » après son dernier échec.
La place manque ici pour résumer la suite, mais sachez que le livre abonde de nouveaux faits et témoignages pour suivre au plus près la carrière en Pologne puis en France, les festivals, la décision d’arrêter de filmer, la fin prématurée…

Des photos rares, des pépites…

Côté illustration, auprès des classiques photos de l’école de Łódź, de tournage ou de festivals, on découvrira avec plaisir Krzysztof en costume de première communion ou dans un groupe d’écoliers en balade, ou encore la photo du mariage avec Maria puis plus tard au ski, en compagnie d’Hanna Krall, ou dans l’intimité avec sa fille Marta, et j’en passe. Il y a encore des photos rares de plateau de la période polonaise (La Photographie, la Cicatrice, L’Amateur, une Courte journée de travail, Le Hasard, …), des pépites comme cette photo couleur de Kieślowski avec Maja Komorowska et Zbigniew Zapasiewicz, en 1974, dans la pièce de théâtre filmée Deux sur la Balançoire (Dwoje na huśtawce) ou encore Jacek Petrycki (les chef-op’) et Grażyna Szapołowska (l’actrice principale) sur le tournage de Sans fin.

Nous continuons la lecture et vous donnerons quelques autres échos prochainement.

A lire en polonais, mais cela en vaut la peine !

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