Kieślowski et Janda “invités d’honneur” de CinéKino sur Arte

Série casse-gueule d’Arte, CinéKino a pour ambition de synthétiser le cinéma d’un pays par épisode, en un film court de 26’. Pour rentrer dans le format, un rythme endiablé, un habillage graphique psychédélique, une bonne dose d’ellipses et Procuste au montage. Au tour de la Pologne le 28 février 2018 à 22h40 ! Pour ceux qui ont raté l’exercice, un résumé et quelques instants marquants du documentaire réalisé par Laurent Heinemann en 2017. En faux replay, c’est parti pour 26 minutes :

En guise d’intro’, Polanski et Łódź…
Mars 2001 : Polanski revient en Pologne pour tourner Le Pianiste, son film « le plus personnel », dont une partie dans le quartier plus ou moins préservé des bombardements de Praga. C’est le point de départ du tour d’horizon, qui part forcément à Łódź où Roman a appris son métier de réalisateur. On voit un extrait de Deux hommes et une armoire et du Couteau dans l’eau (1962), son seul film en polonais, proposé pour les Oscars mais attaqué par le régime en place, Gomułka affirmant que les personnages du film « ne sont pas représentatifs de la société polonaise ».

Un lieu ?
Et bien oui, l’école de cinéma de Łódź. Parcours par la case inévitable : la visite en 1966, de Kirk Douglas (d’origine polonaise) à l’école, « en pleine Guerre froide ». Petite histoire de la ville, choisie par le Gouvernement pour reconstituer l’industrie du cinéma : studios, bureaux, puis enfin l’École nationale supérieure Leon Schiller de cinéma, télévision et théâtre de Łódź (PWSFTviT). Panoramique sur les Etoiles de l’avenue Piotrkowska , puis sur les plaques des Escaliers de l’Ecole (à commencer par K. Zanussi !). Courte interview de Julius Machulski qui rappelle que l’Ecole était déjà une oasis dans la République populaire de Pologne, où l’on pouvait voir tous les films étrangers, invisibles sur les écrans polonais… Historique de l’Ecole renommée pour « son esprit libéral et son ouverture intellectuelle » et de ses élèves les plus fameux : Wajda, Munk, Skolimowski, Polański, Zanussi, Kawalerowicz…

Une date ?
23 février 2015 : Ida de Paweł Pawlikowski remporte l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère. Et l’émission intègre malicieusement les portraits de ceux qui ont échoué à cette distinction : Zanussi, Wajda, Kieślowski, Holland et Skolimowski… Extrait du film et résumé (une jeune fille, à la veille de prononcer ses vœux de religieuse, découvre qu’elle est juive et que ses parents ont été tués, lors de la Seconde guerre, par un paysan), un « sujet sensible qui a profondément divisé en Pologne ». Un film révélateur, remarque CinéKino, de la vitalité du nouveau cinéma polonais, presque absent des écrans internationaux pendant une vingtaine d’années. Pawlikowski, interrogé, se défend d’avoir tourné un film qui ne serait qu’esthétique, et parle d’une symbiose entre le fond et la forme.

Une personnalité ?
Un rappel de Fryderyk Franciszek Chopin au cinéma, personnage éminemment polonais, à commencer par le film d’Aleksander Ford [extrait du film]. Finalement peu représenté à l’écran, c’est surtout sa relation avec Georges Sand qui attire les cinéastes. Et, comme dans La Note bleue de Żuławski [extrait du film], c’est souvent un véritable pianiste qui incarne Chopin… [

Un réalisateur ?
Et bien oui, Kieślowski. Biographie simple mais correcte. [extrait de La Double vie de Véronique : Weronika sur la Place du Marché devant Véronique] Biographie rapide, ses débuts de documentariste [extrait de Premier Amour], son passage progressif à la fiction, l’achèvement du Hasard, bloqué entre sa fin de réalisation (1981) qui coïncide avec le début de l’Etat de Guerre, et sa sortie en 1987. Pour l’importante série Le Décalogue, c’est Irena Strzałkowska (TOR Studio Filmowe) qui parle et décrit les 15 mois de tournage pour 12 films, et rappelle la question qu’avait posé Kieślowski : « jusqu’à quel point citoyens de la Pologne, c’est-à-dire nous, les gens [ordinaires], constituent la matière brute, le sujet du Décalogue ? » [Extrait du Décalogue Trois]. Sur des images de Tu ne tueras point, on explique comment le Décalogue a ouvert à Kieślowski les portes du succès international. Le tour d’horizon s’achève sur ses quatre derniers films, co-productions internationales, « dont deux seulement se déroulent en Pologne ». Avec, pour CinéKino, de nouveaux thèmes : spiritualité, mysticisme, défi de la mort, la condition humaine. Dans l’extrait d’interview qui suit, Kieślowski explique : « Ces derniers temps, il me semble que mes films portent de plus en plus sur ce que les gens sont à l’intérieur, ce qu’ils ne montrent à personne. Evidemment, pour filmer cela, j’ai besoin d’acteurs, de larmes de glycérine, d’une mort artificielle. Tout doit être artificiel pour paraître vrai à l’écran. »

Un chiffre ?
27. Le nombre de récompenses attribuées aux affichistes polonais à l’Exposition universelle de 1937 à Paris. Suit une description brève de l’école de l’affiche polonaise, qui « s’éloigne des formes de représentation classique », et qui, pour l’affiche de film, jouit d’un statut à part, puisque sans impératifs commerciaux, laissant totalement libre les artistes [nombreux Tomaszewski, Lipinski, Lenica, Starowieyski, Fabngor, Cieslewicz, etc. [Suit une intéressante comparaison entre les affiches de films internationaux et leurs versions polonaises : Cabaret, Mulholland Drive, Hiroshima mon amour, etc.

Un film ?
L’Homme de marbre, d’Andrzej Wajda. [extrait du film] Explication de la légende de Birkut, l’ouvrier-modèle qui participa à la construction de Nowa Huta, mais qui, les mains brulées, tomba dans l’oubli. Scénario refusé par le Gouvernement, comme le raconte le cinéaste dans une interview d’Ania Szczepańske en 2012 : « Ils ont dit : un film contre les ouvriers-modèles ? […] Non ». Puis, 12 ans après, sous la nouvelle politique culturelle de Gierek, le film peut enfin être tourné. Wajda cherchait alors un moyen d’intéresser la nouvelle génération, pour qui « les années 50 étaient maintenant très loin. » D’où l’idée d’introduire un second récit parallèle, celui de la quête d’une jeune journaliste, incarnée par Krystyna Janda, ainsi qu’un troisième récit : « un faux film documentaire en noir et blanc censé avoir été tourné à l’époque. » Interview de K. Janda qui explique comment Wajda a tourné de plus en plus de scènes avec elle, par rapport aux proportions du scénario original, et comment le film est devenu « une confrontation entre deux générations. » Extrait du film, quand Janda fait un geste provocateur devant le bâtiment de la Télévision polonaise, en signe de défi : « comme un message d’Andrzej disant que quelque chose devait arriver.  » Après un tournage sans encombre, le film n’est distribué que dans une seule salle de Varsovie. Devant la foule des spectateurs, L’Homme de Marbre a finalement été projeté dans deux autres salles, mais sans annonce du titre et, comme le rappelle Wajda : « dans la presse, on pouvait lire “à guichets fermés”, et tout Varsovie savait [qu’il s’agissait de ce film]. »

Une actrice ?
Et bien oui, Krystyna Janda. Le prix d’interprétation féminine à Cannes en 1990, pour L’Interrogatoire de Bugajki [extrait], autre film emblématique, puisqu’achevé de tourner au moment même de la proclamation de l’Etat de Guerre. Après avoir raconté une anecdote (elle tournait en même temps pour Yves Boisset et les acteurs français ne comprenaient pas pourquoi il fallait la décrasser et la retaper trois jours avant qu’elle soit capable de tourner avec eux, à son arrivée de Pologne). Un film où elle explique avoir tout donné : « La Loi martiale avait été proclamée et je savais que c’était le rôle de ma vie. Tout ce qui allait se passer dans ce film dépasserait nos obligations professionnelles. Ils auraient pu me tuer, me frapper, me torturer, j’étais prête à tout affronter, car j’avais entre les mains le scénario et je savais que c’était le rôle le plus important de ma vie. » Elle explique qu’elle aurait pu « signer chaque phrase de ce film » et qu’elle était prête à le jouer comme elle entendait, même contre l’avis de son réalisateur.

Mais aussi…
Le film passe aussi en revue Sex Misja de Machulski, une scène érotique de Borowicz (Histoire d’un péché), etc.

Deux bémols…
Barbara Schulz, la narratrice, a été visiblement bien briefée pour la prononciation des noms polonais, à l’exception notable de l’Ecole de Łódź, filmée longuement, mais prononcée Laotze [au lieu de Woutch’] une vingtaine de fois. Dommage %-)
Il existe un replay pour revoir cette belle synthèse, mais il engendre parfois des erreurs 404 et pb de chargement…

[visuel : DR, Arte]