Kieślowski et l’Europe (Premiers Plans Angers 2016)

Conférence par Alain Martin, dans le cadre des Ateliers Premiers Plans d’Angers, le 25 août 2016 à l’Hôtel Lancreau.
>
Le cinéma de Kieślowski
>
Kieślowski avant le Décalogue
>
Kieślowski et le Décalogue
>
Kieślowski et l’Europe
>
Kieślowski, et après ?

Photo : Des images de plus en plus abstraites, sophistiquées, pour décrire l’intangible : La Double vie de Véronique en 1991 – © MK2

Avec les producteurs français Leonardo de la Fuente puis Marin Karmitz, Kieślowski tourne respectivement La Double vie de Véronique puis les Trois couleurs : Bleu, Blanc, Rouge, au total quatre films de plus en plus sophistiqués, mais qui conservent une facture proche parfois du documentaire, dans l’observation des gestes et des objets.
Exténué par la fabrication de ces films à un rythme intense (et après les douze films du Décalogue en 1987-1988), le cinéaste annonce en conférence de presse qu’il arrête de tourner. Consternation ! Une sorte de retraite à laquelle il s’oblige, même s’il continue d’enseigner, de donner des séminaires et d’écrire des scénarios. Il meurt peu après en mars 1996, à l’hôpital après une seconde crise cardiaque.
> Démonstration avec des extraits des derniers films de Kieślowski.

© Sideral productions – MK2

La première partie de La Double vie de Véronique nous montre Weronika, jeune Polonaise qui vit seule avec son père. Paradoxalement, elle ne se sent pas “seule” et ressent une étrange connivence (avec Véronique, son alter ego française ?).
Ici Kieślowski, avec le chef opérateur Idziak, créateur de cette image jaune-verte particulière, nous montre avec délicatesse les petits gestes, les soupirs, les paroles au plus près de l’âme de la jeune fille. Même si le regard reste parfois documentaire, on a basculé dans une fiction qui va devenir de plus en plus sophistiquée.

© MK2

Après la mort de Weronika, nous suivons Véronique, dont la vie semble influencée par l’expérience de la Weronika disparue. Sans que cela soit appuyé. Elle reçoit ici un mystérieux appel en pleine nuit, où surgit la musique de Z. Preisner (le célèbre concerto duVan den Budenmayer inventé). Nous voyons quelques secondes Weronika, dans un grand plan rouge, presque abstrait, comme lorsqu’on ferme les yeux. Mais, en définitive, qui voit : Véronique, le spectateur, ou le cinéaste qui nous propose cette vision ?
Ce premier film est projeté à Cannes en mai 1991. Au Marché du film, MK2 cherche déjà des coproducteurs pour lancer la trilogie Bleu-Blanc-Rouge, évoquée dans un flyer distribué à cette occasion.

© MK2

Trois couleurs : Bleu. Julie a perdu sa fille, Anna, et son mari dans un accident de voiture. Ici, elle retrouve au fond de son sac à main, une sucette (bleue) d’Anna. L’émotion est perceptible, grâce au talents conjugués de Juliette Binoche, d’Idziak (chef opérateur) et de Kieślowski, grand directeur d’acteurs. La musique de Zbigniew Preisner est aussi au cœur du film : le compositeur accompagne Kieślowski systématiquement, depuis Sans fin (1984) jusqu’à Rouge (1993).

© MK2

Retour de la comédie noire et de deux frères complices (joués par Jerzy Stuhr et Zbigiew Zamachowski, déjà frères dans Décalogue 10). Karol Karol (personnage inspiré en partie par Charlie Chaplin et joué par Zamachowski) a tout perdu, après son divorce en France. Il revient à Varsovie, caché dans une valise. Mais il va accomplir sa revanche !

 © MK2

Rouge est le film-testament de Kieślowski. Ici, la jeune Valentine parle avec le vieux juge Joseph, dans le théâtre de Lausanne. La lumière et la caméra sont orchestrées avec brio par Piotr Sobocinski. Kieślowski propose à ce moment un montage particulier : dans ce champ contre-champ, le personnage qui parle est celui en amorce, de dos, et non de face. L’attention se porte sur les réactions du Juge ou de Valentine.
Kieślowski a déjà annoncé qu’il renonçait au tournage, pour se reposer. Même s’il se consacre à l’écriture, à la tenue de séminaires en Europe : la transmission, toujours importante. Il défend aussi à plusieurs reprises le cinéma européen, comme un rempart contre les productions américaines.

> suite

 

> Le site des Ateliers Premiers Plans d’Angers