Kieślowski, de sanatorium en sanatorium…

Nos visiteurs ou lecteurs les plus fidèles, ceux qui ont étudié un peu la biographie de Krzysztof Kieślowski savent que l’enfance du réalisateur a été marquée par la maladie de son père, la tuberculose l’ayant conduit de sanatorium en sanatorium. Alors, quand on raconte la vie du réalisateur, quand on suit son actualité, il n’est pas rare qu’on s’arrête dans un sanatorium !

Sokołowsko, en 2016, lors d’une fête nocturne, et de jour, devant le cinéma Kino Zdrowie (photos © a.martin)

C’est à côté du sanatorium de Sokołowsko (sud de la Pologne, à quelques mètres de la frontière slovaque) que se déroule chaque année L’Hommage à Kieślowski, en Pologne. Les projections et les rencontres ont lieu au cinéma Kino Zdrowie, celui où Krzysztof, encore enfant, découvrait le cinéma, qui n’était pas encore pour lui une vocation. La famille Kieślowski a séjourné plusieurs années à Sokołowsko, habitant juste en face, dans la rue principale du village. Le sanatorium, alors réputé, accueillait de nombreux tuberculeux, dont Roman, le père du jeune Krzysztof qui allait à l’école puis au collège dans la région. L’atmosphère (et l’air !) particulier des lieux, le parc, les anciens bâtiments néo-gothiques ou début de (20e) siècle, donnent aujourd’hui encore un charme particulier au festival qui a lieu tous les débuts du mois de septembre depuis 2011.
Ce premier sanatorium au monde pour le traitement de la tuberculose a été créé en 1854 par Hermann Brehmer et la comtesse Maria von Colomb. La ville se nommait alors Görbersdorf. Elle a été rebaptisée ensuite en 1945 (donc un an après la naissance de Kieślowski), en dérivé du nom d’Alfred Sokołowski, collaborateur proche de Brehmer.

L’Hommage à Kieślowski 2018

Julie au sanatorium

Cette année, L’Hommage à Kieślowski était centré autour du film Trois couleurs : Bleu. Le premier volet de la Trilogie où Julie (Juliette Binoche) affronte le deuil de son mari (un compositeur célèbre) et de sa fille dès les premières images du film, tentant peu à peu de retrouver une autre liberté. Mais saviez-vous que les scènes d’hôpital du film (les premières séquences, donc) ont été tournées… dans un ancien sanatorium ? En effet, lors de la longue préparation du tournage, plusieurs hôpitaux ont été repérés et visités par la production, puis le chef opérateur et Kieślowski lui-même. Pas étonnant que celui-ci ait donc choisi de filmer dans un des pavillons désaffectés de l’hôpital Georges Clemenceau, au sud de Paris, à la lisière du Gâtinais, en fait un sanatorium construit en 1935 puis reconverti en établissement de gériatrie. Comme nous le suggère même Katarzyna Surmiak-Domańska (voir ci-dessous), auteure d’une récente biographie sur Kieślowski, ce n’est certainement pas un hasard.

La partie désaffectée de l’hôpital, ex-sanatorium où fut tourné Bleu, ici en 2018 : les herbes folles, les paons : tout est calme et repos…  (photos © a.martin)

Déjà en 1992 (date du tournage), certains bâtiments étaient hors d’usage, et l’équipe de décoration avait dû repeindre les rambardes du pavillon désaffecté dédié au tournage. On voit très bien l’architecture typique du sanatorium, avec les grands rideaux (bleus d’origine !) et les larges balcons exposés au soleil du matin. Aujourd’hui encore (les photos ont été prises en octobre 2018), le calme règne dans cette partie inutilisée de l’hôpital. La végétation conquiert peu à peu l’escalier de pierre, des familles de paons se promènent toujours dans le parc et sur la pelouse du bâtiment. Tout est calme, tout est “dans son jus”.

Une nouvelle et étonnante biographie de Kieślowski

Les sanatoriums, il en est beaucoup question dans la petite centaine de pages du début de la biographie nouvelle qu’a écrite Katarzyna Surmiak-Domańska : Kieślowski. Zbliżenie, autant dire “gros plan”. La journaliste (Gazeta Wyborcza) n’en est pas à son premier reportage. Mais elle s’est cette fois consacrée pendant plusieurs années (nous avons suivi la démarche !) à un lent et patient recueil de témoignages et de document,  autant de plans rapprochés, qui composent une longue plongée de pas moins de 620 pages dans la vie du réalisateur. De la naissance d’Ewa (la sœur de Krzysztof) notée par le père sur un vieux calendrier en langue allemande (nous sommes en 1944) à la disparition prématurée de Kieślowski en 1996. A lire en polonais !

 

La couverture et un petit aperçu du livre (photos © a.martin, merci à Katarzyna Surmiak-Domańska pour le livre et les informations)
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