Kieślowski avant le Décalogue (Premiers Plans Angers 2016)

Conférence par Alain Martin, dans le cadre des Ateliers Premiers Plans d’Angers, le 25 août 2016 à l’Hôtel Lancreau.
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Le cinéma de Kieślowski
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Kieślowski avant le Décalogue
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Kieślowski et le Décalogue
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Kieślowski et l’Europe
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Kieślowski, et après ?

Photo : Filip acquiert une caméra à la naissance de sa fille, puis se lance dans le cinéma, dans L’Amateur… – © TOR Studio Filmowe

Même s’il tourne quelques fictions, Kieślowski, et avec lui les cinéastes de l’école de l’Inquiétude morale, considèrent le documentaire comme essentiel pour montrer la Pologne telle qu’elle n’est pas représentée par les médias dans les années 70 et 80. Au réalisme socialiste, ils opposent une vision attentive de microcosmes, qui constituent, bout à bout, une image plus fidèle du pays, et de ses problèmes quotidiens. Kieślowski, comme ses collègues, doit composer avec la censure en place, à tous les niveaux de l’élaboration d’un film.
> Démonstration lors de cette conférence, avec des extraits de films de Kieślowski commentés…

 © WFD

Dans L’Hôpital, Kieslowski suit une équipe de chirurgiens pendant 30 heures d’affilés. Ils sont exténués, et le matériel manque. Ici, une infirmière doit s’asseoir et maintenir une rallonge électrique pour faire fonctionner une perceuse. Un détail qui révèle tous les autres manques du système.

 © MK2

Filip a acheté une petite caméra pour filmer sa fille ; il est L’Amateur. Mais le directeur de l’usine lui propose de lui donner de la pellicule et du temps pour tourner un petit film sur l’usine où il travaille. Les ennuis commencent, avec la censure, qu’ont bien connue (et contournée) des cinéastes comme Kieślowski. Dans cette séquence, on lui propose d’ajouter un commentaire, de la musique, de supprimer certains détails…

 © TOR

Dans Le Personnel, de manière encore plus sournoise, le directeur de l’opéra convoque Romek (un autre alter ego de Kieślowski qui avait travaillé dans l’établissement comme habilleur), lui propose de l’aider à monter son propre cabaret d’amateur, lui suggère ce qu’il devra aussi écrire : le témoignage sur un incident survenu entre un acteur et un de ses collègues habilleurs, Sowa. Il s’agit bien d’une dénonciation, malgré le ton mielleux du supérieur…

 © TVP

Pendant un an, Kieślowski suit le quotidien d’un jeune couple, qui vient d’avoir un enfant, puis de se marier. Mais ils n’ont pas d’appartement et habitent illégalement chez la grand-mère. Le réalisateur envoie un homme de la milice pour les interroger. Même si la situation est plus ou moins sous contrôle, les jeunes gens ne sont pas au courant et Kieślowski filme leurs réactions à chaud dans le long-métrage Histoire d’Amour.
Pour cette scène ou les (vraies) larmes du père et de la mère qu’il capte à plusieurs reprises, il prend la décision d’arrêter le documentaire, trop intrusif et dangereux, pour utiliser des larmes de glycérine, dans des fictions.

 © TOR

Basculement total dans la fiction, avec un récit construit au conditionnel (trois versions de la vie de Witek suivant qu’il attrape ou pas un train en gare de Łódź), rapports père-fils, gros plans, caméra subjective, ellipses audacieuses… Un grand pas est franchi avec Le Hasard en 1981, malheureusement bloqué par la censure pendant 6 ans.

© MK2

Toujours plus loin avec Sans Fin : l’homme à droite est un avocat mort. Sa femme Ula (Grażyna Szapołowska, qui jouera la femme du Décalogue 6) ne le voit pas. Mais son chien l’a repéré. Kieślowski adorait les chiens, comme on le retrouvera dans le Décalogue.
A noter aussi un beau portrait de femme (Ula), les personnages féminins étant jusqu’à présent plus à l’écart dans les films du réalisateur.
Mais le public n’aimera pas Sans Fin : ni le pouvoir, ni Solidarność, ni l’Eglise ne comprendront ses choix. Kieślowski est affecté par ce mauvais accueil et mettra longtemps à s’en remettre. Puis il mettra toutes ses forces dans la fabrication du Décalogue : un succès planétaire.

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