Cycle Kieślowski : Une courte journée de travail [Krótki dzień pracy]

Le Cycle Kieślowski se poursuit avec un film pas trop aimé de son auteur, qui montre pourtant bien les conditions de travail, la misère et les grèves dans la Pologne des années 70-80, ainsi que le fonctionnement (et les dysfonctionnements) du parti et du système…

Le film se situe dans la lignée de Blizna, proposé précédemment dans ce cycle, ou de Nie Wiem de Krzysztof Kieślowski. A ces deux réalisations, Une courte journée de travail emprunte les déceptions d’un ancien directeur d’usine, la délicate nécessité du choix : se rallier à la voix des habitants trompés par le système pour l’un, dénoncer les fraudes organisées dans une usine pour l’autre.
La forme, le rythme et les ressorts dramatiques de Brève Journée de Travail sont ceux d’une fiction, mais le sujet du film est bien encore l’individu, conscient et responsable, face aux rouages du système, plus que jamais absurde et le langage emprunte au style documentaire. Une grève menace, des employés se mutinent, des apparatchiks se cachent derrière leur téléphone. Et le réalisateur expérimente ici de nouvelles trouvailles : flash-back, ralenti, arrêt sur image…

Un débat fructueux…

Dans la salle, un témoin se souvient d’un soir, après l’annonce des événements de Radom : « on n’avait pas accès à toute l’information, précise-t-il, notamment sur les brutalités policières ». Pour lui, le film montre bien cette première solidarité des ouvriers, avec la création des comités [NDLR : les K.O.R.]. Il le touche beaucoup, lui rappelle la Pologne « décrépie » de l’époque.
Alain Martin explique que Krzysztof Kieślowski a tenté de montrer aussi la solitude de ce directeur d’usine, un membre du Parti, car personne n’était vraiment prêt à comprendre cette solitude. De plus, il n’était pas sûr que le film serait diffusé. Finalement, il ne l’a été qu’après sa mort, car le cinéaste n’était pas satisfait du résultat, et a tout fait pour empêcher sa diffusion…
Le spectateur de tout à l’heure rappelle que le film a été tourné pendant la « parenthèse entre août 1980 et la déclaration de l’Etat de guerre en décembre 1981 », pendant laquelle « on a pu faire un certain nombre de choses »
Une spectatrice précise qu’on appelait même ces moments “Le carnaval de Solidarité”, car il y a eu des moments intenses…
Oui, affirme Alain Martin, plusieurs collaborateurs insistent sur ce qui nous paraît parfois un paradoxe : dans ces périodes, on a pu tourner de tels films, passer les différentes étapes de la censure : synopsis, scénario, tournage… Il y avait aussi la volonté de certains responsables du Parti d’autoriser tout de même certains films, pour pouvoir par la suite, à la faveur de remaniements ou d’ouverture du gouvernement, et se valoriser comme étant ceux qui avaient dit “oui” à de telles œuvres. Une manière d’avancer ses pions…
Une question dans la salle : pourquoi Kieślowski était-il insatisfait de ce film ?

[ compte-rendu à suivre, am, 01/03/2020]
Le flyer de la soirée du 15 novembre 2019
[Merci à Marie-Thérèse Vido-Rzewuska pour la Société Historique et Littéraire Polonaise pour son accueil)
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