Cycle Kieślowski : L’Amateur [Amator]

Le 7 juin 2019, salle quasiment pleine à la Bibliothèque polonaise de Paris pour accueillir Krzysztof Zanussi, qui joue son propre rôle dans  L’Amateur, pour la quatrième étape du Cycle Kieślowski 2019. A côté d’Alain Martin, toujours présent pour présenter et débattre du film.

[ Photo : © alain martin]

Filip, modeste ouvrier, achète une caméra d’amateur à l’occasion de la naissance de sa fille. Le directeur de l’usine où il travaille lui commande un film. Filip fréquente le ciné-club, puis les festivals de courts-métrages. Montrer n’est jamais innocent, et souvent dangereux. La bonne volonté du jeune père se retourne contre lui (il détruit son couple) et les autres…

Introduction au film

Alain Martin signale en introduction que cette soirée est un peu particulière, puisque nous avons un invité. Il résume donc : le fil conducteur de ces sept soirées de ce Cycle est de montrer comment, de son attachement au documentaire pour montrer la Pologne dans les années 70-80, Kieślowski va de plus en plus utiliser la fiction. Malgré tout, y compris dans les derniers films et ceux tournés hors de Pologne, on retrouve quand même une qualité d’observation, la curiosité, l’attention aux autres ; toutes ces qualités du documentaire vont se retrouver dans la fiction.
Kieślowski est né en 1941 et passé par la grande école de cinéma de Łódź.
L’Amateur a été tourné et récompensé en 1979. Il a été projeté en France rapidement, mais Kieślowski est resté beaucoup moins connu qu’en Pologne, puisque la vraie découverte du réalisateur était, neuf ans plus tard, quand il a eu le Prix de la mise en scène à Cannes. Il a ensuite une carrière assez courte, puisque après le tournage de la Double vie de Véronique et les Trois couleurs, il déclare en 1992 en conférence de presse qu’il arrête de filmer. Il se consacrera toujours au cinéma, à l’écriture et à la formation. Et il meurt prématurément en 1996.
On a vu qu’il était possible de montrer ce qui ne fonctionnait pas en Pologne, non pas en attaquant de front le système [la censure ne l’aurait pas permis], mais en décrivant un milieu. Ainsi, un opéra pour Le Personnel, une usine pour La Cicatrice

[à suivre]

Le débat du 7 juin

Lorsque les lumières se rallument, toujours difficile d’obtenir une première question…
En attendant, Alain Martin fait remarquer que, pour ceux qui ont vu “Premier Amour” lors de ce Cycle, la différente est nette : il s’agit toujours d’un jeune couple qui vient d’avoir un enfant. Mais l’on est passé d’un pur documentaire, dans lequel la caméra enregistre de vraies larmes, à une pure fiction, qui s’attache à montrer la vie intime du couple, mais cette fois avec des acteurs.
Krzysztof Zanussi se souvient spontanément que Kieślowski avait des difficultés avec Jerzy Stuhr, qui paraissait trop intellectuel pour jouer ce rôle d’ouvrier. Alors il a pensé aux moustaches. Un peu plus tard, Lech Walesa est apparu, avec des moustaches « peut-être un signe que pour être populaire, il faut de longues moustaches… »
Alain Martin rappelle que même s’il existait bien un scénario pour L’Amateur, Jerzy Stuhr expliquait qu’il y avait eu beaucoup d’improvisations demandées pour le tournage. Zanussi enchaîne : « oui, c’était possible, heureusement, à cette époque, un grand avantage de la censure [NDLR : telle qu’elle existait en Pologne], car dans tous les pays voisins où la censure n’était pas une institution, elle était intégrée dans la production. Comme en Allemagne de l’Est ou en URSS, où l’on appelait Redaktorem la personne responsable de la censure pendant le tournage. Et il devait signaler tout de suite si quelque chose était tourné sans autorisation. » Alors qu’en Pologne, où c’était « plus formel », c’est à la fin du tournage qu’une « commission se réunissait pour voir si le film était présentable ou pas. On pouvait donc inventer des scènes, changer certaines choses. Et nos collègues d’Allemagne de l’Est et de Russie considéraient que c’était une énorme chance que nous avions. […] comme dans les années 70, comme Gierek déclarait qu’on allait peut-être se passer de la censure, les artistes criaient : “Non, nous voulons la censure !”. Presque comme dans un film de Bunuel, à part la liberté… »
Première question de la salle : « Vous disiez tout à l’heure que ce film avait été reçu un Grand Prix à Moscou. Le film n’avait pas du tout été distribué en URSS ? »
K. Zanussi : « Si vous dites “du tout”, c’est une formule très cartésienne, mais dans la logique russe, “oui” et “non” sont dans la même phrase. Je pense qu’ils ont même doublé ce film, mais qu’il ne l’ont montré qu’à un public “élu”, c’est-à-dire avec la maturité politique suffisante pour être exposé à un film dangereux. »
[rires dans la salle] « Un de mes films, “La Spirale”, a été présenté à la Société des cinéastes ; c’était la première opportunité de montrer le film à un public large. Puis on m’a invité à l’Ecole de cinéma, mais là on a décidé que seulement les professeurs étaient dignes de voir mon film. »

[am, 8/6/19 –  compte-rendu à suivre…]
Le flyer de la soirée du 7 juin 2019
[Merci à Marie-Thérèse Vido-Rzewuska pour la Société Historique et Littéraire Polonaise pour son accueil)
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Le Cycle Kieślowski 2019 à Paris