Cycle Kieślowski : Le Personnel [Personel]

La deuxième étape du Cycle Kieślowski 2019 avait lieu à la Bibliothèque polonaise à Paris le 8 mars 2019, avec Le Personnel. Le jeune Romek accède à un premier poste à l’Opéra, pour lui le sommet de l’Art. Il prend très à cœur son métier, mais découvre les petites mesquineries, la hiérarchie et un quotidien très ordinaire. On lui demande aussi de dénoncer un camarade…

L’expérience de Romek est inspirée de celle de Kieślowski, diplômé, comme dans le film, du Lycée technique théâtral. « C’était une école de costumiers, de constructeurs, de peintres et de perruquiers […] un endroit extraordinaire, car il nous a ouvert les yeux au monde incroyable du théâtre », déclarait le réalisateur [documentaire Still Alive, 2006]. Et dans son autobiographie : « J’ai voulu exprimer [ici] ma gratitude envers toutes les personnes et les institutions qui m’ont permis de faire de nombreuses découvertes intellectuelles et d’éprouver des émotions intenses. » Quant à Agnieszka Holland, réalisatrice, elle se souvient : « Le Personnel est le premier film qui m’ait frappé […] à la limite entre le documentaire et la fiction. Un film de fiction composé à partir de matériel documentaire, c’était une révélation pour moi. » [Still Alive, 2006]

Toujours à la Bibliothèque polonaise, soirée organisé par la Société Historique et Littéraire Polonaise, introduction et débat avec Alain Martin. Compte-rendu :

Alain Martin propose en introduction à la projection un bref rappel de la carrière de Krzysztof Kieślowski, pour ceux qui n’étaient pas présents la fois précédente. Il part cette fois à rebours, de la date de la mort prématurée du cinéaste à 54 ans (en 1996) et explique qu’on l’a connu dans notre pays tout d’abord principalement par la série des Trois couleurs : Bleu, Blanc, Rouge, mais aussi par Le Décalogue, titre-phare dans son œuvre. La révélation en “occident” a été Tu ne tueras point, présenté à Cannes en 1988 et remarqué par sa manière de raconter l’histoire du meurtre d’un chauffeur de taxi par un jeune Polonais désœuvré, sans motivations claires, de montrer comment il peut être difficile de tuer quelqu’un.
Puis Alain Martin rappelle la naissance de Kieślowski en 1941, l’enfance et l’adolescence, quand la famille suit le père malade de la tuberculose, au gré des sanatoriums, période pendant laquelle le jeune Krzysztof lit beaucoup et prend le goût de raconter des histoires. S’ajoute son sens aigu de l’observation, qu’on retrouve dans ses photos de jeunesse en noir et blanc. Puis c’est le passage par l’Ecole de cinéma de Lodz, quatre années d’études cinématographiques, après quatre autres années d’études des techniques théâtrales.
On résume ensuite brièvement son passage progressif d’une période documentaire à une fiction de plus en plus présente. Alain Martin rappelle que la Pologne est alors très mal représentée à l’écran, par les images d’actualités, de propagande, les images officielles de la télévision, qui ne reflètent pas la réalité quotidienne et les préoccupations des Polonais.
Le Personnel est le premier film de Kieślowski qui gagne un concours en Europe de l’Ouest, à Mannheim, ce qui permet au réalisateur de sortir de son pays. Le cinéma est alors contrôlé par l’Etat : financement et censure. Chaque film est donc produit par le Gouvernement, qui salarie les techniciens, réalisateurs et acteurs. Ces derniers doivent souvent multiplier les fonctions pour gagner un peu mieux leur vie. Et quand le film est refusé, les salaires ne sont pas versés. Les prix obtenus peuvent alors rapporter plus d’argent. Ils vont aussi assurer la renommée de Kieslowski et des équipes qui travaillent avec lui.
Après Passage Souterrain, où le chef opérateur Sławomir Idziak et Krzysztof Kieślowski mêlaient tournage d’une fiction et prises de vues de type documentaire pour redynamiser le film, dans Le Personnel, une fiction, on a pourtant une vision documentaire. Les tailleurs sont vraiment ceux de l’atelier de couture de l’Opéra de Wrocław où le film a été tourné, mélangés à des acteurs, dont des amis de Kieślowski.
Comme on ne peut pas tout dire dans la Pologne d’alors, comme pour plusieurs cinéastes du courant de l’Inquiétude morale dans les années 70 et 80, dont Kieślowski, il est possible d’utiliser un héros dans un microcosme, ici le monde de l’Opéra pour biaiser la censure ; en filmant les problèmes de ce petit monde, on évoque l’ensemble du système. On entendra ainsi plusieurs fois la phrase (par exemple quand les ouvriers signalent le manque de papier toilette) : “oui, mais cela, c’est un problème général”
Le jeune homme timide héros du film, Romek, est très inspiré de la vie de l’auteur ; les collaborateurs de Kieślowski le confirment. Le Personnel était pour le réalisateur une façon de rendre hommage au monde du théâtre. On voit d’ailleurs dans le film sa professeure (Irena Lorentowicz).

[am, 11/03/19 – à suivre, le compte-rendu du débat…]

8 mars, 19h : Le Personnel

[Merci à Marie-Thérèse Vido-Rzewuska pour la Société Historique et Littéraire Polonaise pour son accueil et les photos de la salle]
Flyer de la soirée du 8 mars 2019
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Le Cycle Kieślowski 2019 à Paris