Blanc : débat à la Bibliothèque Polonaise de Paris, avec Stan Latek (2016)

Soirée spéciale autour de Trois couleurs : Blanc le 12 avril 2016 à la Bibliothèque Polonaise de Paris : présentation et débat avec Stan Latek, assistant personnel de Kieślowski sur Bleu, Blanc et Rouge, et avec la présence d’Alain Martin, auteur de Kieślowski, encore plus loin. rapide compte-rendu.

(photo : Karol Karol et son nouvel ami Mikołaj, ivres de joie et de wodka, patinent sur la Vistule, de retour à Varsovie – © MK2)

La présentation : de la description de la réalité a une fiction intuitive

Stan Latek arrivait tout juste de Montréal pour présenter le film. En quelques phrases très justes et une dizaine de minutes, il a présenté le cinéaste. Il est donc revenu à la période documentaire polonaise (sa préférée) pendant laquelle il s’agissait de montrer le Monde tel qu’il n’était pas représenté en Pologne. Stan Latek a rappelé la difficulté du jeu avec la censure, à cette époque, pour arriver à passer le message aux spectateurs, une discipline dans laquelle Kieślowski excellait. Puis les interrogations morales de celui-ci, lors de l’incursion dans la vie de ses sujets, comme par exemple le couple de Premier Amour.
Il qualifie la dernière période de son œuvre, La Double vie de Véronique et les Trois couleurs de cinéma intuitif, se référant à Bergson. Un cinéma qui se caractérise dès Sans Fin
Stan Latek a encore évoqué les influences littéraires, notamment Camus : le Juge de Rouge est le héros camusien par excellence. Et les cinéastes auxquels on l’a comparé : Bergman ou Bergson, même s’il voit plutôt des parallèles forts avec l’œuvre de Ken Loach, par exemple.

Le débat : revenir aux fondamentaux

Les échanges qui ont suivi s’inscrivaient dans la démarche que nous avons évoquée lors du Colloque de la Sorbonne en avril 2016: découvrir Kieślowski à rebours, en partant des films les plus connus et diffusés (Les Trois couleurs, La Double Vie… et dans une moindre mesure le Décalogue) pour revenir aux films de la période polonaise. Les spectateurs présents ayant une connaissance souvent parcellaire de l’œuvre de Kieślowski ont certainement apprécié l’introduction de Stan Latek et posé des questions sur ses films documentaires, tout en restant très attachés à trouver du sens (y compris l’explication de l’intrigue et de la fin !) dans Blanc. Stan Latek (et Alain Martin, que Stan a bien voulu présenter comme un spécialiste de la question présent en salle) sont tous les deux restés prudents sur les explications et le sens à donner à l’œuvre.
Plusieurs spectatrices et spectateurs restaient donc intrigués par les motivations de la machination de Karol Karol ou par la séquence finale : que veut dire Dominique par signes ; est-ce la vengeance de Karol Karol qui se retourne contre lui, ou a-t-il conçu un plan destiné uniquement à faire venir Dominique en Pologne pour la reconquérir ? (comme il l’affirme lui-même à la fin du film). Alain Martin leur ayant confirmé qu’il y a autant de fins possibles que de spectateurs et que Kieślowski tenait vraiment à faire fonctionner notre intelligence et notre propre sens du récit, chacun est reparti avec une version un peu différente (comme le réalisateur l’aurait souhaité). Mais la conclusion était que ce film est aussi une histoire d’amour.
Il faut préciser que Trois couleurs : Blanc durait environ 2h15 dans sa continuité avant montage final et a donc subi des coupes qui voilent un peu le sens de départ. Ainsi, Karol Karol se trouvait pris à son propre piège à cause d’une erreur de changement d’heure (lorsque la police doit être prévenue par son ami Mikolaj à 10h). On le voit donc regarder plusieurs fois sa montre et Dominique être surprise par l’irruption de la police dans l’hôtel (avec Stan Latek jouant le rôle du Consul de France !) sans bien comprendre pourquoi.
Le débat s’est un peu poursuivi dans les couloirs et à la sortie de la belle Bibliothèque polonaise : on a encore parlé des courts et moyens métrages de avant montage final (disponibles pour la plupart en bonus dans les différentes éditions DVD de MK2 et dans un coffret des Editions Montparnasse : Premiers plans. Et de Karabasz, que Krzysztof admirait tant, ainsi que de plusieurs documentaristes polonais de cette grande période…

Sur les traces de Karol Karol à Paris avec Alain Martin
Trois couleurs : Blanc, le film